«Écrire une chanson ou des arrangements pour cordes, ce n’est pas le plus difficile. Le plus dur, c’est d’intégrer les deux. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont je peux m’éloigner du caractère linéaire de la guitare pour aller vers autre chose. Je pense que la maturité te donne la grâce et l’élégance nécessaires pour y parvenir». Shara Worden aka MY BRIGHTEST DIAMOND ne croyait pas si bien dire, il y a quatre ans, lors de son premier passage au Ciel. Car si elle avait déjà retourné la salle, par la beauté de son univers mêlant pop intimiste et arrangements lyrico-baroques, son nouvel album All things will unwind concrétise magistralement ces notions de maturité, de grâce et d’élégance. Pour la première fois, autant dans sa discographie que dans l’histoire de la musique pop, elle fait totalement exploser les frontières entre pop et musique de chambre : cordes et vents "classiques" ne sont plus utilisés ici comme de simples "arrangements" ou ornements, mais font partie intégrante du processus d’écriture d’une musique qui mérite plus que jamais le qualificatif de «pop de chambre». La jeune fille du Michigan débarquant à New York pour y mener une double vie de chanteuse lyrique le jour et de chanteuse de pop la nuit est aujourd’hui devenue une artiste de référence, ayant réussi son pari un peu fou de réunir ses deux passions dans le même projet musical. La performance est d’autant plus incroyable que la beauté sophistiquée de ses compositions, loin d’étouffer l’urgence et la fragilité du propos, lui confère au contraire une intimité rarement atteinte. Une fin de Festival étincelante en perspective... De diamant brut, il sera également question dès le début de soirée, avec le premier producteur mondial de pépites musicales, à savoir la Suède, d’où nous vient THUS:OWLS. Voix profondément mélancolique, arrangements luxuriants, cordes belles à pleurer, percussions millimétrées : les compatriotes de Nina Kinert, Anna Ternheim, The Tiny ou encore Wildbirds & Peacedrums prouvent une nouvelle fois que le Grand Nord est décidément la Terre Promise pour tous les amateurs de pop aussi émotionnellement intense que musicalement expérimentale. Entre «noirceur abyssale et douceur cotonneuse paradisiaque», Erika Angell et son groupe perpétuent la tradition de l’orfèvrerie scandinave. Mais sa rencontre avec Simon Angell, guitariste canadien de Patrick Watson, a apporté au groupe la «grandiloquence montréalaise» (Libération), qui pourrait bien nous offrir l’un des très beaux moments du Festival.