Même si nous ne voulons pas mettre trop de pression sur les épaules de la demoiselle, force est de reconnaître qu’il y a très longtemps qu’un projet musical grenoblois ne nous avait autant impressionné. Dès les premières maquettes, Peau nous gratifiait d’une grosse claque : facilité déconcertante à faire « sonner » le français aussi bien que l’anglais lui permettant de passer sans crier gare de l’un à l’autre, sobriété et intelligence des arrangements, parfaite digestion des influences de Björk ou de Camile version « Le Fil » pour créer un univers singulier mêlant beauté fragile, expérimentations jubilatoires et efficacité redoutable. Le clip qu’elle a réalisé elle-même sur le titre « Première mue » a fini de nous convaincre, par sa beauté, son inventivité, et sa cohérence avec le propos musical, que nous étions en présence d’un grand projet. Nous sommes donc très honorés qu’elle ait choisi le Ciel pour créer et présenter sa prestation scénique, à l’occasion de la sortie de son premier album.
Nous ne nous étions pas trompés l’an dernier en faisant de Nina Kinert notre « coup de c½ur » d’avant Festival . Nous nous risquons donc cette année au même jeu des pronostics, risqué vu la concurrence, en le décernant à Sarah Blasko. D’une voix magique, avec ce petit filet de brume qui n’en finit plus de nous faire craquer, l’australienne nous ramène irrémédiablement vers la classe absolue de Shivaree. Mais, entre la puissance de la rythmique et le romantisme mélancolique de cordes en suspension, apparaît de manière encore plus sensible que chez cette dernière une sorte de colère fragile. En live, cette délicate élégance, cette pudeur ultime consistant à tenter de dissimuler ses blessures sous le charme d’une prestance sans faille, pourrait bien nous faire perdre la tête...